Tel-Aviv, place des Otages, 11 mai 2024. LE BLOC-NOTES DE BHL.

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La commémoration de Yom Hazikaron est l’occasion pour le philosophe de rappeler que l’essence la plus précieuse d’Israël réside en chacun de ses otages actuellement détenus par le Hamas.

Par Bernard-Henri Lévy

Tel-Aviv, place des Otages, 11 mai 2024Tel-Aviv, place des Otages, 11 mai 2024

Mes amis !

Sœurs et frères inconnus avec qui je partage ce nom vertigineux, si lourd et si grand à porter, qu’est le nom d’Israël !

Nous rendrons les honneurs, demain, jour de Yom Hazikaron, à tous les soldats tombés, et qui tombent encore tous les jours, pour que vive le rêve meurtri de cette terre longtemps promise et redevenue, le temps d’une vie d’homme, une maison pour les Juifs.

Mais nous honorerons aussi, et nous honorons dès ce soir, ceux qui ne sont pas tombés, qui sont otages dans les tunnels de Gaza mais qui, dans la guerre d’égorgeurs choisie par une armée de lâches incapable de vaincre dans un combat à la loyale, sont, eux aussi, des héros d’Israël.

De tout temps, depuis Pharaon, Nabuchodonosor, les rois de Perse, les empereurs de Rome et même les rois de France, il y eut des otages juifs.

Et, de tout temps, avec la force d’une montagne qui pousse, ou d’une mer qui roule, nous avons lutté pour eux, chacun d’eux, un à un, et nous avons respecté le Pidion Chevouim, l’impératif du rachat des captifs, dont le non-respect, disent les Sages, viole « sept commandements de la Torah ».

Les empires ne connaissent que les grands nombres.

Mais nous, Juifs, savons que le seul très grand et très vrai nombre, le seul qui compte, c’est l’Un dans l’homme, l’Un de l’homme et l’Un de chaque vie sauvée qui vaut, disait Maïmonide, tous les shabbats du monde.

C’est ce savoir juif qui nous réunit ce soir et continuera de vous réunir, je crois, jusqu’au dernier otage revenu vivant (je tremble en prononçant ce mot…) car nous savons que, de cette vie, du retour de votre fille et de votre fils, de votre mère ou de votre père, de votre grand-père, de votre bébé, de votre amante, de votre amant, dépendent l’âme, la victoire et la survie d’Israël.

La survie, c’est la forme la plus humble de la vie, celle qui nous tient juste au-dessus de la faim, du désespoir ou de la mort.

Mais, quand c’est celle d’un otage qui résiste, indomptable, aux humiliations et tortures archaïques, c’est la forme la plus haute de la vie, celle qui plane au-dessus de nous comme un secret encore plus grand que celui du malheur.

Chaque samedi, vous êtes là, peuple de Tel-Aviv, pour honorer cette survie.

Chaque samedi est un jour de fraternité où ceux qui n’attendent plus se tiennent aux côtés de ceux qui espèrent encore et, comme eux, retiennent leur souffle.

Et, chaque samedi, vous vous retrouvez, peuple de Tel-Aviv et d’Israël, assemblés pour un otage, et un autre, et un autre encore, comme s’ils étaient un seul homme et qu’en cet homme résidait l’essence la plus précieuse d’Israël.

Vous savez que je viens d’un monde où Amalek se réveille et adapte son visage, son apparence, son bras, à ce que l’on appelait jadis l’évolution du monde.

Vous n’ignorez pas qu’il y a, en France par exemple, des foules de femmes et hommes qui feignent, pour la première fois, de pleurer les morts d’une guerre sous le seul prétexte que cette guerre est menée par la vaillante armée d’Israël.

Et vous voyez et entendez comment, en tentant d’interdire cette guerre à Israël, en lui déniant donc le droit de se défendre et en retournant l’épithète nazie, comme un gant d’infamie, sur le nom d’un peuple qui lutte, non pour s’étendre, mais pour survivre, ces criminels, doublés de faibles d’esprit et d’ignorants, se lavent du sang juif qu’ont fait couler leurs ancêtres au cours des siècles.

Eh bien, dans ce territoire inconnu où nous entrons et où, d’Orient en Occident, du Sud au Nord, des campus américains à Malmö, en passant par les universités européennes, la haine se répand comme une tumeur, je crois que le choix, par le petit peuple que nous formons, de la vie à tout prix, sera la plus éclatante des leçons d’humanité et, je le répète, des victoires.

Tant de choses, bien sûr, séparent, parmi nous, religieux et laïcs, antiques et modernes, talmudistes et mécréants !

Si brûlante est la science juive de la controverse et de la dispute qui nous fait, sur cette place même, des campements aux tentes et bannières contradictoires !

Mais cette union sacrée, ce pacte noué ce soir, et tous les autres soirs, pour que l’on n’oublie pas les déportés du 7 octobre, cet entre-nous qui, pour parler comme Emmanuel Levinas, a si souvent « retourné » la « malédiction » en « exultation », font de nous un peuple invincible et un exemple pour le monde.

Le Français que je suis est honoré de se trouver ici, parmi vous.

C’est comme une chaîne d’or, invisible et sacrée, qui me relie, à dater de ce soir, à chacun d’entre vous et aux vôtres.

J’admire votre dignité.

Je m’incline devant votre courage.

Et je promets de rester sans repos tant que ne sera pas rentré le dernier de vos héros-otages.

Tel-Aviv, place des Otages, 11 mai 2024

LE BLOC-NOTES DE BHL. La commémoration de Yom Hazikaron est l’occasion pour le philosophe de rappeler que l’essence la plus précieuse d’Israël réside en chacun de ses otages actuellement détenus par le Hamas.

Par Bernard-Henri Lévy

Tel-Aviv, place des Otages, 11 mai 2024Tel-Aviv, place des Otages, 11 mai 2024

Mes amis !

Sœurs et frères inconnus avec qui je partage ce nom vertigineux, si lourd et si grand à porter, qu’est le nom d’Israël !

Nous rendrons les honneurs, demain, jour de Yom Hazikaron, à tous les soldats tombés, et qui tombent encore tous les jours, pour que vive le rêve meurtri de cette terre longtemps promise et redevenue, le temps d’une vie d’homme, une maison pour les Juifs.

Mais nous honorerons aussi, et nous honorons dès ce soir, ceux qui ne sont pas tombés, qui sont otages dans les tunnels de Gaza mais qui, dans la guerre d’égorgeurs choisie par une armée de lâches incapable de vaincre dans un combat à la loyale, sont, eux aussi, des héros d’Israël.

De tout temps, depuis Pharaon, Nabuchodonosor, les rois de Perse, les empereurs de Rome et même les rois de France, il y eut des otages juifs.

Et, de tout temps, avec la force d’une montagne qui pousse, ou d’une mer qui roule, nous avons lutté pour eux, chacun d’eux, un à un, et nous avons respecté le Pidion Chevouim, l’impératif du rachat des captifs, dont le non-respect, disent les Sages, viole « sept commandements de la Torah ».

Les empires ne connaissent que les grands nombres.

Mais nous, Juifs, savons que le seul très grand et très vrai nombre, le seul qui compte, c’est l’Un dans l’homme, l’Un de l’homme et l’Un de chaque vie sauvée qui vaut, disait Maïmonide, tous les shabbats du monde.

C’est ce savoir juif qui nous réunit ce soir et continuera de vous réunir, je crois, jusqu’au dernier otage revenu vivant (je tremble en prononçant ce mot…) car nous savons que, de cette vie, du retour de votre fille et de votre fils, de votre mère ou de votre père, de votre grand-père, de votre bébé, de votre amante, de votre amant, dépendent l’âme, la victoire et la survie d’Israël.

La survie, c’est la forme la plus humble de la vie, celle qui nous tient juste au-dessus de la faim, du désespoir ou de la mort.

Mais, quand c’est celle d’un otage qui résiste, indomptable, aux humiliations et tortures archaïques, c’est la forme la plus haute de la vie, celle qui plane au-dessus de nous comme un secret encore plus grand que celui du malheur.

Chaque samedi, vous êtes là, peuple de Tel-Aviv, pour honorer cette survie.

Chaque samedi est un jour de fraternité où ceux qui n’attendent plus se tiennent aux côtés de ceux qui espèrent encore et, comme eux, retiennent leur souffle.

Et, chaque samedi, vous vous retrouvez, peuple de Tel-Aviv et d’Israël, assemblés pour un otage, et un autre, et un autre encore, comme s’ils étaient un seul homme et qu’en cet homme résidait l’essence la plus précieuse d’Israël.

Vous savez que je viens d’un monde où Amalek se réveille et adapte son visage, son apparence, son bras, à ce que l’on appelait jadis l’évolution du monde.

Vous n’ignorez pas qu’il y a, en France par exemple, des foules de femmes et hommes qui feignent, pour la première fois, de pleurer les morts d’une guerre sous le seul prétexte que cette guerre est menée par la vaillante armée d’Israël.

Et vous voyez et entendez comment, en tentant d’interdire cette guerre à Israël, en lui déniant donc le droit de se défendre et en retournant l’épithète nazie, comme un gant d’infamie, sur le nom d’un peuple qui lutte, non pour s’étendre, mais pour survivre, ces criminels, doublés de faibles d’esprit et d’ignorants, se lavent du sang juif qu’ont fait couler leurs ancêtres au cours des siècles.

Eh bien, dans ce territoire inconnu où nous entrons et où, d’Orient en Occident, du Sud au Nord, des campus américains à Malmö, en passant par les universités européennes, la haine se répand comme une tumeur, je crois que le choix, par le petit peuple que nous formons, de la vie à tout prix, sera la plus éclatante des leçons d’humanité et, je le répète, des victoires.

Tant de choses, bien sûr, séparent, parmi nous, religieux et laïcs, antiques et modernes, talmudistes et mécréants !

Si brûlante est la science juive de la controverse et de la dispute qui nous fait, sur cette place même, des campements aux tentes et bannières contradictoires !

Mais cette union sacrée, ce pacte noué ce soir, et tous les autres soirs, pour que l’on n’oublie pas les déportés du 7 octobre, cet entre-nous qui, pour parler comme Emmanuel Levinas, a si souvent « retourné » la « malédiction » en « exultation », font de nous un peuple invincible et un exemple pour le monde.

Le Français que je suis est honoré de se trouver ici, parmi vous.

C’est comme une chaîne d’or, invisible et sacrée, qui me relie, à dater de ce soir, à chacun d’entre vous et aux vôtres.

J’admire votre dignité.

Je m’incline devant votre courage.

Et je promets de rester sans repos tant que ne sera pas rentré le dernier de vos héros-otages.

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