EXCELLENT ARTICLE DE : ETIENNE GRENELLE. L’Observatoire Juif de France, étudie la possibilité de déposer plainte.

EDITORIAL

ETIENNE GRENELLE
ÉDITO. En accusant les ministres d’être « aux ordres » du Crif, le leader de LFI reprend, sans
honte, un des « classiques » de l’antisémitisme… Répugnant.
Publié le 24/06/2026 à 18h30, mis à jour le 25/06/2026 à 06h21
Jean-Luc Mélenchon est en train de gagner son pari, qui consiste à réhabiliter l’antisémitisme dans le discours politique… L’affaire du concert de LFI lors de la Fête de la musique ne doit pas passer comme cela. Ou alors ce sera une petite capitulation.
Reprenons l’histoire : LFI entend organiser un concert sur la place de la République, à Paris, au nom de
l’antiracisme. Car, comme chacun sait, la République, c’est eux, et les racistes, ce sont les autres… Le
président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Yonathan Arfi, s’émeut de cette
appropriation grossière, ainsi que plusieurs élus, de droite comme de gauche. Le préfet de police interdit ce concert très politique, invoquant un risque pour l’ordre public, mais le tribunal administratif rétablit
l’autorisation. Cela aurait pu s’arrêter là, mais c’est ce qui s’est passé dans l’intervalle qui est ahurissant :
Jean-Luc Mélenchon a accusé le préfet de police d’avoir agi « à la demande du président du Crif Yonathan
Arfi, et du maire PS de l’arrondissement Paris Centre », Ariel Weil. Le chef de LFI est allé encore plus loin
: « Le Crif, c’est un machin d’extrême droite où tous les ans tous les ministres défilent pour aller
bouffer. […] Ils vont tous là-bas et ils sont aux ordres. »
Fête de la musique : les fausses notes de LFI
On dirait du Édouard Drumont, l’auteur de l’ignoble best-seller intitulé La France juive, paru en 1886, dans
lequel il écrivait que « c’est le Juif, si méprisé en Orient, qui maintenant gouverne et commande en France
». Plus tard, dans Le Testament d’un antisémite, Drumont ajoutait ceci, pointant les gouvernements : «
Qu’est-ce qui gouverne ? Sont-ce les pauvres fantoches dont la seule préoccupation est de se remplir la
poche ? Assurément non. Quel est le vrai maître ? C’est le Juif. C’est le Juif qui tient tout dans ses mains. »
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Ce trope du pouvoir occulte des Juifs est l’un des classiques de l’antisémitisme. Après Drumont,
on le retrouve dans les Protocoles des sages de Sion, célèbre faux publié en 1903 en Russie, et
dont la postérité fut notamment entretenue par Hitler, qui les cite dans Mein Kampf, puis par le
Hamas, qui les loue dans sa charte de 1988.
Jean-Luc Mélenchon, qui a un peu de culture, et même beaucoup plus que la moyenne, ne peut
ignorer le sens de ses mots. Tout cela participe évidemment de la longue dérive de LFI,
brillamment documentée par le livre plaidoirie de Richard Malka, Passion antisémite.
Sauf que cette dernière éruption n’est pas qu’un épisode de plus, elle est déjà presque une
revendication. Car nombreux étaient ceux qui pensaient que Jean-Luc Mélenchon s’adoucirait à
l’approche de la campagne présidentielle, qu’il se ferait plus rassembleur. Manifestement pas tant
que cela, en tout cas pas avec les Juifs.
Sa stratégie, assez transparente, consiste à cibler par ce biais ceux qu’il juge réceptifs – plaquant
sur eux ses propres préjugés –, c’est-à-dire la population des banlieues. Un raisonnement non
seulement cynique mais aussi raciste, comme l’écrit justement Sophia Aram. Jean-Luc Mélenchon
aura donc réussi l’exploit de reprendre le flambeau de Jean-Marie Le Pen à la fois sur
l’antisémitisme et sur le racisme…
LFI, l’antisémitisme en signal fort
Il demeure toutefois une vraie différence entre eux : le prix politique et médiatique à payer n’est
plus si élevé que cela. Il y a bien eu quelques protestations après ses déclarations, mais
finalement tout se termine bien pour les Insoumis. Leurs ronds de serviette sur les plateaux de
télévision sont toujours garantis par les règles de l’Arcom et, de toute façon, beaucoup, dans les
élites politico-médiatiques, n’ont plus envie de se battre et préfèrent changer de sujet.
Il faut pourtant refuser de changer de sujet ! Pour mille raisons, et parmi elles, celle-ci : « Mort aux
Juifs, aujourd’hui ! Mort à qui, demain ? » demandait Clemenceau, ennemi juré de Drumont. Le
retour de l’antisémitisme en politique est un poison mortel pour la France, comme pour l’idée que
l’on se fait de la civilisation. Et regarder ailleurs ne nous sauvera pas.
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