LETTRE OUVERTE À MONSIEUR JEAN-NOËL BARROT

Publié par Observatoire Juif de France le

Monsieur le Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères,

L’Observatoire Juif de France est une organisation apolitique.

Nous ne sommes les porte-parole d’aucun parti israélien, d’aucun gouvernement et d’aucun ministre. Nous n’avons donc pas vocation à défendre M. Itamar Ben Gvir, pas davantage qu’un autre responsable politique, lorsque ses déclarations peuvent légitimement être critiquées.

Mais notre indépendance nous impose précisément une autre exigence : nous ne laisserons jamais passer une présentation tronquée, approximative ou déformée des faits lorsqu’elle concerne Israël et qu’elle est susceptible, par ricochet, d’alimenter l’hostilité envers les Juifs.

Depuis le massacre du 7 octobre 2023, nous assistons en France et en Europe à une libération extrêmement préoccupante de la parole antisémite.

Bien entendu, celui qui insulte, menace ou agresse un Juif demeure pleinement responsable de ses actes.

Mais il serait irresponsable d’ignorer le climat dans lequel cette haine prospère.

Lorsque, jour après jour, Israël est présenté sous les traits d’un État intrinsèquement criminel ; lorsque les déclarations de responsables israéliens sont résumées, traduites ou sorties de leur contexte de manière à en modifier la portée ; lorsque la nuance disparaît systématiquement au profit de formules spectaculaires, le débat politique cesse d’éclairer l’opinion et risque de nourrir une hostilité qui, trop souvent, ne s’arrête pas aux frontières d’Israël et atteint les Juifs de France.

Monsieur le Ministre, les mots ont un sens

Vous avez publiquement condamné les déclarations récentes de M. Itamar Ben Gvir.

Vous en avez parfaitement le droit.

Et les propos effectivement tenus par ce dernier peuvent, en eux-mêmes, susciter une condamnation politique, morale ou juridique.

Mais justement : lorsqu’ils sont suffisamment graves par eux-mêmes, pourquoi faudrait-il les résumer d’une manière susceptible d’en modifier la formulation originale ?

Les informations publiées font apparaître que M. Ben Gvir a parlé d’« éliminations ciblées », évoquant le chiffre de trente à quarante par nuit.

Cette expression et le contexte dans lequel elle a été prononcée ne font nullement disparaître la gravité d’autres paroles qui lui sont attribuées.

Mais entre rapporter exactement une déclaration et la transformer en une formule générale selon laquelle un ministre israélien aurait appelé à « tuer 30 ou 40 Gazaouis chaque nuit », il existe une différence que le chef de la diplomatie française ne peut traiter comme secondaire.

La France doit être exemplaire dans l’établissement des faits.

Elle doit l’être d’autant plus lorsqu’elle s’exprime sur Israël dans un contexte où les accusations les plus extrêmes circulent quotidiennement et où l’antisémitisme atteint des niveaux alarmants.

Nous vous demandons donc publiquement de faire toute la lumière sur cette traduction

L’Observatoire Juif de France vous demande solennellement :

  • de rendre accessible la citation originale en hébreu, dans son intégralité et avec les phrases qui la précèdent et la suivent ;
  • d’en publier une traduction française rigoureuse et vérifiée par des traducteurs parfaitement compétents en hébreu ;
  • d’indiquer clairement si les termes employés par M. Ben Gvir visaient indistinctement des habitants de Gaza ou s’inscrivaient dans une référence à des « éliminations ciblées » ;
  • de distinguer, dans toute communication officielle française, les déclarations personnelles d’un ministre israélien de la politique officielle de l’État d’Israël et de celle de son gouvernement ;
  • et, si une traduction ou une présentation inexacte a effectivement été diffusée, de procéder publiquement et sans ambiguïté à sa rectification.

Nous voulons croire qu’une éventuelle déformation résulterait d’une traduction insuffisamment rigoureuse, d’une dépêche imparfaitement retranscrite ou d’une erreur d’interprétation, plutôt que d’une volonté délibérée de présenter les faits sous un jour différent de leur réalité.

Mais précisément parce que la fonction que vous exercez est celle de ministre des Affaires étrangères de la France, une telle approximation ne peut rester sans réponse.

On ne combat pas l’antisémitisme uniquement dans les discours

Monsieur le Ministre,

Comment pouvons-nous expliquer aux Français que l’État combat l’antisémitisme si, parallèlement, la parole concernant Israël n’est pas soumise à la même exigence de précision que celle que nous réclamerions pour tout autre État ?

Critiquer Israël est parfaitement légitime.

Critiquer Benjamin Netanyahou est légitime.

Critiquer Itamar Ben Gvir est légitime.

Condamner leurs déclarations est légitime.

Mais attribuer exactement les paroles prononcées est une obligation.

Le débat démocratique autorise la critique la plus sévère.

Il n’autorise ni l’approximation, ni la sélection intéressée des mots, ni la transformation d’une déclaration par traduction ou raccourci médiatique.

Et lorsque cela concerne Israël, chacun devrait mesurer la responsabilité particulière qui lui incombe.

Car depuis le 7 octobre, la frontière entre la dénonciation d’Israël et la stigmatisation des Juifs est trop souvent franchie dans l’espace public.

Chaque mot compte. Chaque traduction compte. Chaque raccourci compte.

L’OJF ne défend pas un homme politique. Il défend un principe : la vérité.

Que les choses soient parfaitement claires.

L’Observatoire Juif de France ne demande aucune indulgence pour M. Ben Gvir.

S’il a tenu des propos condamnables, qu’ils soient condamnés.

Mais qu’ils soient condamnés pour ce qu’il a réellement dit, tout ce qu’il a dit, et rien d’autre que ce qu’il a dit.

Voilà ce que nous demandons à la diplomatie française.

Nous vous demandons donc, Monsieur le Ministre, de faire procéder sans délai à une vérification professionnelle de la traduction intégrale de l’entretien concerné et, si les formulations diffusées en France ne correspondent pas exactement aux paroles prononcées et à leur contexte, de les rectifier publiquement.

Ce geste n’affaiblirait nullement votre position politique.

Il honorerait au contraire la France.

On ne combat durablement la haine qu’avec les faits.
On ne combat l’antisémitisme qu’avec la vérité.
Et la vérité ne se tronque pas.

L’Observatoire Juif de France – OJF

Observatoire Juif de France

L’Observatoire Juif de France a besoin de vous

Faire un don

Un reçu fiscal vous sera adressé sous 48 heures.

Categories: OJF

0 Comments

Laisser un commentaire

Avatar placeholder

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *